Beaucoup d’opérations d’achat-revente paraissent rentables sur un coin de table et ne le sont plus une fois les comptes faits. La raison est presque toujours la même : le calcul de départ retenait le prix d’achat et le prix de revente, et oubliait tout ce qu’il y a entre les deux. Cet article donne la formule complète, la liste des postes à ne jamais omettre, et un exemple chiffré que vous pouvez transposer à votre propre projet.
En bref
La rentabilité d’une opération d’achat-revente se calcule en retranchant du prix de revente la totalité des coûts engagés : prix d’achat, frais d’acquisition, travaux, coûts de portage, frais de commercialisation et impôt sur le bénéfice. Le résultat rapporté au capital réellement immobilisé donne le taux de rendement. Un calcul fiable se fait avant l’offre, pas après le chantier, et intègre systématiquement une provision pour aléas.
Points clés à retenir
- La marge brute ne suffit pas : c’est la marge nette après impôt qui décide si l’opération vaut la peine.
- Six postes de coûts sont à intégrer, et les coûts de portage sont le plus souvent oubliés.
- Le temps est un coût : chaque mois de détention consomme des intérêts, des assurances et des charges.
- Une provision pour aléas de 10 à 15 % du budget travaux protège d’un chantier qui dérape.
- Le calcul se fait avant de faire une offre, et il détermine le prix maximum que vous pouvez proposer.
Quelle est la formule de rentabilité d'une opération d'achat-revente ?
La rentabilité d’une opération se calcule en deux temps. On établit d’abord le résultat de l’opération : prix de revente, moins la somme de tous les coûts engagés, moins l’impôt sur le bénéfice. On rapporte ensuite ce résultat au capital que vous avez réellement immobilisé, c’est-à-dire votre apport et non le prix total du bien, puisqu’une partie est financée par la banque.
Marge nette = prix de revente moins prix d’achat, frais d’acquisition, travaux, coûts de portage, frais de commercialisation et impôt sur le bénéfice.
Cette distinction entre marge et rendement est essentielle. Une opération qui dégage 30 000 € de marge nette sur douze mois avec 60 000 € d’apport n’a pas le même intérêt que la même marge sur vingt-quatre mois avec 120 000 € d’apport. La première mobilise moins d’argent, moins longtemps, donc elle vous permet d’enchaîner. C’est la vitesse de rotation du capital qui construit une activité, pas la marge d’une opération isolée.
Quels postes de coûts faut-il intégrer au calcul ?
Six postes composent le coût de revient complet d’une opération. Les trois premiers sont évidents et rarement oubliés. Ce sont les trois derniers qui font la différence entre un prévisionnel réaliste et un prévisionnel optimiste.
| Poste | Ce qu’il recouvre | Piège courant |
|---|---|---|
| Prix d’achat | Le prix net vendeur négocié | Raisonner sur le prix affiché plutôt que sur le prix atteignable |
| Frais d’acquisition | Émoluments du notaire, droits, formalités | Oublier que l’engagement de revendre modifie fortement ce poste |
| Travaux | Devis des entreprises, matériaux, maîtrise d’oeuvre | Aucune provision pour aléas |
| Coûts de portage | Intérêts d’emprunt, assurances, taxe foncière, charges, énergie | Poste le plus souvent absent du calcul |
| Commercialisation | Honoraires d’agence, diagnostics, home staging, photos | Sous-estimer le délai de vente |
| Impôt sur le bénéfice | Imposition du résultat de l’opération | Calculer une marge avant impôt et la prendre pour un gain |
Les coûts de portage, le poste qui décide
Tant que le bien vous appartient, il vous coûte de l’argent chaque mois : intérêts du prêt, assurance emprunteur, assurance du bien, taxe foncière au prorata, charges de copropriété, abonnements d’énergie pendant le chantier. Sur une opération de douze mois, ce poste atteint fréquemment plusieurs milliers d’euros. Il transforme un retard de chantier en perte sèche, et c’est pour cette raison que le délai est une variable financière autant qu’une contrainte d’organisation.
Prévoyez une provision pour aléas de 10 à 15 % du budget travaux. Sur un bien ancien, découvrir un désordre après ouverture des cloisons est la règle, pas l’exception.
L’imposition, elle, dépend de votre structure et du régime de TVA applicable à l’opération. Ces deux paramètres se déterminent en amont, et notre article sur la fiscalité du marchand de biens explique pourquoi la question de la TVA se tranche avant l’achat et non à la revente.
Un exemple chiffré, pas à pas
Prenons un appartement ancien acheté 180 000 € net vendeur, rénové puis revendu douze mois plus tard. Les montants ci-dessous sont un exemple pédagogique destiné à montrer la méthode : vos propres chiffres dépendront de votre marché, de vos devis et de votre régime fiscal.
| Poste | Montant |
|---|---|
| Prix d’achat | 180 000 € |
| Frais d’acquisition | 6 000 € |
| Travaux, provision pour aléas comprise | 45 000 € |
| Coûts de portage sur 12 mois | 9 000 € |
| Commercialisation | 8 000 € |
| Coût de revient total | 248 000 € |
| Prix de revente | 285 000 € |
| Marge avant impôt | 37 000 € |
La marge avant impôt ressort à 37 000 €, soit environ 15 % du coût de revient. C’est le chiffre que beaucoup annoncent, et c’est là que le raisonnement s’arrête trop souvent. Il reste à retrancher l’impôt sur ce bénéfice, dont le montant dépend de votre structure. Une fois cette dernière ligne posée, vous obtenez enfin le gain réel de l’opération, et c’est lui qu’il faut comparer au capital immobilisé pendant douze mois.
Ce que le calcul vous dit vraiment
Cet exercice sert moins à valider une opération qu’à en fixer le prix plafond. En partant du prix de revente réaliste et en remontant à l’envers, vous obtenez le prix d’achat maximum au-delà duquel l’opération ne tient plus. C’est ce nombre, et lui seul, qui doit guider votre offre. Faire le calcul dans l’autre sens, en partant du prix demandé par le vendeur, revient à chercher des raisons de dire oui.
Le calcul de rentabilité ne sert pas à justifier une offre, il sert à en fixer le plafond avant de négocier.
Pour formaliser cet exercice sur une opération complète, financement compris, notre article sur le business plan d’une opération d’achat-revente propose une trame que vous pouvez présenter à votre banque.
Quel niveau de marge viser pour sécuriser une opération ?
Il n’existe pas de taux universel, et méfiez-vous de ceux qui en promettent un : la marge dépend du marché local, du type de bien, de l’ampleur des travaux et de votre coût de financement. En revanche, un principe fait consensus chez les professionnels : la marge doit rester suffisante pour absorber un retard et une baisse du prix de sortie, sans quoi l’opération repose entièrement sur l’hypothèse que tout se passe bien.
Testez donc chaque opération sur trois scénarios avant de vous engager. Un scénario favorable, votre prévisionnel. Un scénario dégradé, avec un dépassement du budget travaux et trois à six mois de délai supplémentaires. Un scénario de sortie contrainte, où vous devez vendre rapidement à un prix inférieur. Si le scénario dégradé reste positif, l’opération est solide. S’il devient négatif, votre marge n’était pas une marge, c’était une hypothèse.
Cette discipline s’apprend, et elle s’apprend plus vite sur les cas des autres que sur les siens. La formation Devenir marchand de biens est animée par un professionnel en activité et travaille sur des opérations réelles, du sourcing à la revente.
Je me forme avec Axio Formation
Formation certifiante, finançable CPF ou OPCO selon vos droits. On calcule votre reste à charge exact avec vous.
Questions fréquentes
Quelle marge viser sur une opération d'achat-revente ?
Il n’existe pas de taux universel : la marge dépend du marché local, du type de bien, de l’ampleur des travaux et de votre coût de financement. Le bon repère n’est pas un pourcentage mais une résistance : votre marge doit rester positive dans un scénario dégradé, avec un dépassement du budget travaux et plusieurs mois de délai supplémentaires. Si elle ne résiste pas à ce test, elle n’est pas une marge.
Faut-il calculer la rentabilité avant ou après avoir fait une offre ?
Avant, systématiquement. Le calcul sert à déterminer le prix d’achat maximum au-delà duquel l’opération ne tient plus, en partant du prix de revente réaliste et en remontant à l’envers. Faire le calcul après avoir fixé son offre revient à chercher des arguments pour la justifier.
Qu'est-ce que les coûts de portage dans une opération immobilière ?
Ce sont tous les frais que le bien génère tant qu’il vous appartient : intérêts d’emprunt, assurance emprunteur, assurance du bien, taxe foncière au prorata, charges de copropriété et abonnements d’énergie pendant le chantier. C’est le poste le plus souvent oublié dans les prévisionnels, et celui qui transforme un retard de chantier en perte.
Quelle provision pour aléas prévoir sur le budget travaux ?
Une provision de 10 à 15 % du budget travaux est un repère couramment retenu sur de l’ancien. Ouvrir des cloisons révèle presque toujours quelque chose qui n’était pas au devis. Cette provision fait partie du budget, elle n’est pas une réserve optionnelle que l’on retire pour faire tenir le calcul.